On laisse passer ?

 

On laisse passer ?

Ecrit par Laura SGARD

Croiser

La petite émotion qui se propose dans nos balades lorsque nous apercevons quelque chose qui va nécessiter de guider nos canins vers des réponses qui, seront acceptables pour nous, pour notre société.

Ici un homme arrive d’un pas rapide derrière nous avec une démarche un peu raide, ayant 4 grands chiens je choisi de nous mettre sur le côté.  » Je choisi pour eux », parce qu’ici leurs réponses naturelles de chiens ne conviendraient pas.

Une arrivée rapide sur un groupe sera coupée, plus ou moins frontalement, plus ou moins finement, mais il est normal que l’animal chien entrave / contrôle le déplacement rapide d’un inconnu vers le groupe. Regardez ces chiens qui vous semble souvent aller « rencontrer » ne stop t’ils pas tout simplement des trajectoires en allant « voir ».

Ajoutons à cela les tendances comportementales de chaque race, vous rencontrerez avec certaines des actions de contrôle de l’environnement bien plus importante qu’avec d’autres.

Lorsque l’on côtoie du Berger allemand par exemple, guider son chien vers des réponses adoucies sera primordial pour sa bonne intégration si vous carressez l’idée de le laisser suivre vos aventures dans des environnements variés, dans des lieux où d’autres âmes vivent leurs vies sans aucune conscience et où intérêt pour votre animal.

Comme nous travaillons avec du vivant, nous ne pouvons imaginez qu’ un certain protocole corresponde à tous.

Pour croiser nous pouvons également continuer de marcher, nous pouvons être plus ou moins proche, cela dépend de mon analyse de ce qui arrive, de l’état émotionnel et de la personnalité de chacun de mes chiens, de l’environnement. Donc non ici je ne vous propose aucunement la notice de l’attitude parfaite. Je vous donne seulement des informations.

Ici j’aimerais que mon plus jeune BA puisse associer les informations tout en partageant son environnement sans aller contrôler (tolérance).Je sais déjà que ce chien sera très exigent sur les déplacements des humains inconnus, j’adapte donc en conséquence. Le statique permet une meilleur compréhension de l’environnement, pour autant le chien doit avoir appris préalablement à le gérer sans difficulté ajouté.

Familiariser

Pourquoi la capacité à être statique, c’est à dire en attente est un réel atout pour le chien dans notre environnement ?

Être capable de se gérer sans être actif est une capacité qui fait défaut. Être en mouvement permet d’évacuer le stress et peut aider à éviter un état trop nerveux et intense. Pour autant être systématiquement en mouvement, occuper sur quelque chose est une façon d’occulter aussi ce qui se passe, c’est pour cette raison que le statique nous met souvent en difficulté avec nos chiens.

Proposer systématiquement du mouvement à nos canidés de famille n’est pas une façon de leur apprendre à gérer véritablement les difficultés.

Pour ma part je préfère souvent demander des arrêts à mes chiens car seul cette possibilité leurs permettra de prendre toutes les informations de loin, je dis bien toutes (odeur, visuel, bruit, association de ces éléments à mes réactions et aux réactions des autres chiens de mon groupe).

A mon sens c’est ce qui permettra une réelle compréhension de ce qui se passe. Voilà pourquoi cette capacité d’attente ouvre d’autres possibilités d’habituation.

Bien sur il n’est pas toujours possible de s’arrêter pour croiser, par exemple dans un environnement très passant nous serons obligé d’avancer. Nous ne pouvons pas proposer des arrêts systématiquement, la balade n’aurait plus de sens et les animaux s’en trouveraient rapidement irrités. Cette autre façon de croiser permet a contrario une banalisation de l’environnement et accroît la tolérance du chien à passer sans « verifier » et sans avoir toutes les informations. Il apprend à passer à autre chose lorsqu’il est dérangé. Cette compétence est également utile seulement si ce n’est pas la seule disponible pour s’adapter aux différentes rencontres de notre monde humain.

Pour conclure sur l’attente, lorsque le chien a acquis cette compétence, elle lui permet de mieux observer et comprendre son environnement. Elle nous ouvre une porte vers une meilleur gestion de ses émotions qu’il apprendra à accueillir au lieu d’être systématiquement dans l’évitement en étant actif. Bien évidemment des étapes correspondants à la sensibilité de votre chien seront absolument nécessaires.

Guider

Lors d’un croisement ou bien d’une rencontre, notre gestuelle impactera forcément les réactions de notre chien.

Également les états de stress de par leur odeur et gestuelle associé.
Je rencontre souvent des humains fâchés contre la terre entière à cause de la méconnaissance des humains envers l’animal complexe qu’est le chien. Si celui qui est au bout de la laisse ne va pas de lui même vers quelque chose de plus détendu rien ne pourra jamais être serein dans ces situations (Ce sera le sujet d’un prochain article.)

Ce qu’il faut comprendre c’est que lorsque le chien doute d’une situation, si vous en doutez aussi vous le renforcerez dans son état  » mon humain a un problème, donc il y a un problème « . Le doute transparaitra par des attitudes hésitantes, également dans notre voix. Donner des indications dont vous êtes sur, appliquer les rapidement avec une gestuelle adaptée et convaincante ( » vient on fait demi-tour  » ! ) stabilisera un peu la situation.
Donner des indications verbales à son chien en anticipant détendra également la situation à partir du moment où l’humain reste maître de son état émotionnel.
(Il y a un cheval on va le laisser passer / Le truc fixe la bas c’est un monsieur on ira pas le voir etc…). Des bases en lecture du chien sont indispensables pour anticiper ses incompréhensions et ses réactions.

Enfin donner de véritables informations sera toujours bénéfique. Car trouver des astuces comme : rattacher tant qu’il n’a pas vue et ne pas le laisser identifier pourquoi ensuite / empêcher qu’il regarde / détourner avec des « motivations » abimera le lien de confiance et rendra votre chien plus solitaire dans ses choix. Il réagira sans vous puisque au fond vous n’êtes pas digne de sa confiance.

Guider son chien, le prévenir, dans les situations problématiques pourra en effet le rendre plus à l’écoute (vous lui donnez des informations utiles et lui proposez des solutions.) Installera une jolie coopération lors des difficultés plutôt qu’une lutte de votre part contre ses réactions.
Si vous êtes en grosse difficulté sur les croisements n’hésitez pas à demander de l’aide à un professionnel formé à lire et comprendre la communication du chien.

Le chien libre, un monde à choisir.

Le chien libre, un monde à choisir.

Ecrit par Laura SGARD

Partie 1

L’animal chien, compagnon de voyage qui agrémente nos vies de multiples façon, il y participe à son échelle en suivant par confort et/ou souvent par obligation, l’humain qui l’a choisit, qui le nourrit, lui propose un abri, une vie sécurisée bien rangée comme on dit… Mais les chiens hors de nos maisons n’ont ils pas de foyers qui leur sont propres ? Sont ils forcement vagabonds, à la recherche d’un vie plus belle ? Il restera impossible de trancher alors, quelle vie en sera meilleure. Chaque histoire canine étant si différente, chaque famille ou lieu de vie étant faits de particularités plus ou moins acceptables.

Et même si l’humain se plaît énormément dans un rôle de sauveur justicier, car il pense toujours savoir ce qui est mieux pour l’autre… L’animal ne pouvant répondre que par des gestuelles et vocalises dont notre espèce aime traduire ce qui l’arrange reste pratique pour que chacun se complaise dans ses croyances. Le chien de famille étant trop souvent malade de son excitation, la carte du confort et de l’abondance, des soins et de la nourriture ne contrebalance pas selon moi.

Cela pour dire que certains chiens que nous appelons errants ne sont pas perdus, ils ont leur monde et un confort qui leur est propre. Il peut être louable de vouloir aider des bêtes que nous pensons en détresse, nous savons pourtant pertinemment que sortir un animal sauvage de son contexte de vie est rarement bénéfique pour lui, le chien qui est né dans la rue sera systématiquement qualifié de malheureux, pourtant il dispose alors d’une chose pour laquelle chaque humain serait prêt à se battre, la liberté.

Je ne dis pas ici que les associations ne servent à rien, ni qu’il faut fermer les yeux sur la cruauté qu’amène notre société sur le monde animal, je repose seulement un regard sur ce que nous qualifions de vie malheureuse lorsque nous apercevons un chien que nous disons « errant ».

Je vis depuis 7 ans maintenant avec une chienne des rues de Roumanie, compagne de vie que je n’avais pas choisi, elle n’était pas faites pour vivre dans une famille humaine et elle ne le sera jamais.

Probablement morte de démodecie la bas sans l’association qui l’a sauvé puis amené en France. Ici en France elle croupirait en chenil depuis plus de 7 ans si je ne l’avais pas laissé nous suivre. Comme bien des chiens de rues elle a laissé quelques cicatrices profondes sur différents bras et mollets avant qu’on ne me la confie, parce que sa vie était à la base libre, sans tolérance forcée aux bruits, aux lieux clos et autres fortes contraintes de notre société, celles que l’on impose chaque jour aux chiens suiveurs d’humains.

Je reviendrais sur l’histoire de Birdie qui à mon sens a eu de la chance de continuer sa vie avec nous.

Le chien libre* devient une petite « mode » pour une petite partie du monde canin, avant de partir dans une folie d’ajouts de choix dans une vie que nous noyons de contraintes je voulais aborder cette vision que nous gardons de l’animal forcement plus « heureux » avec l’humain.

** « Chien libre » est le nom donné à l’approche André Escaffre, une approche qui a clairement modifié le regard de beaucoup sur le chien, sur notre rapport à l’animal et sur bien d’autres choses encore. Une approche qui continue d’inspirer et de questionner. Lors de mes formations j’ai eu la chance que l’on m’en re-transmette une petite partie (puisque ce cher Monsieur nous a quitté en 2012), je ne m’approprie aucunement aujourd’hui cette approche. Je choisi ce titre pour cet article afin d’aborder une tendance très présente en ce moment, aussi pour parler purement et simplement du chien lorsqu’il se passe de nos bons services, donc du chien « libre ». **

 

Partie 2 :
Une petite mode est au chien « libre », ce chien à qui on laisserait du « choix », cet ami au quel on ne mettra « pas de laisse ». Mais qu’est ce qu’un chien libre réellement au coté de l’humain ?
Notre ami canin, champion du monde de l’adaptabilité et de la résilience, subit notre vie insensée de deux pattes dans une société remplie d’odeurs fortes et de contraintes. Parce qu’ils ne sont même pas autorisés sur les plages, parce que la laisse est obligatoire dans divers lieux…
Le chien libre aux cotés de l’humain des « villes » est une utopie. Il reste encore ces chiens de fermes, vivant ici et là, rôdant autour de leur propriété, connaissant les villages voisins par cœur. Ceux là sont libres parce que leur environnement le permet, mais aussi parce qu’un des paramètres devient très différents : Le détachement de l’humain. Ces chiens sont autonomes et n’ont besoin que d’un abris et d’une gamelle…. S’ils ne trouvent plus ces ressources que chez le voisin alors le lieu de repos et de retour changera.
Ce que j’essaye de vous dire là ? C’est que pour laisser une vrai liberté à son chien il faut être capable de s’en détacher, chose qui pose souvent problème aux personnes très soucieuses du « bien être », une tendance également qui amène parfois à mettre le chien dans un confort permanent qui ne lui rend pas service.
Car le chien libre dans notre société, c’est celui qui sait tolérer cette vie et s’y adapter. Celui à qui ça coute peu de faire ces efforts. La frustration, les contraintes, les demandent insensées, les bruits et toutes les choses désagréables propres à l’environnement de l’humain. Ces chiens là, qui ont appris à gérer leurs émotions et à prendre sur eux lorsqu’une main douteuse les touche sur la tête, ceux là, ont la possibilité de vivre leur vie bien plus pleinement. Ceux là on les emmène partout et on les laisse vivre leur vie. Le détachement est alors possible.
Dédicace ici à ma chienne Birdie, chienne des rues de Roumanie, arrivée chez moi pour morsure tenue sur l’humain. Aujourd’hui elle me suit librement partout, elle n’a même plus de collier, Car elle a appris à supporter notre monde.

Revoir sa priorité en éducation canine.

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Revoir ses priorités en éducation canine

Ecrit par Laura SGARD

Aujourd’hui la culture chien est au contrôle et à « l’obéissance respectueuse », mais encore bien loin du chien sociable et bien dans sa tête. Les méthodes d’éducation canine dites positives très en vogue vendent cette belle image du dressage respectueux pour un chien motivé et non contraint, sensé être heureux d’apprendre le « assis ». On parle de coopération, de motivation et de valorisation des bons comportements. En opposition aux méthodes traditionnelles qui dressaient votre chien à coup de collier chaînette ( l’humain se fâchait et le chien subissait… ) on a clairement fait un pas en avant et tout doucement les choses s’améliorent.

On ignore donc les comportements déplaisants et on valorise les comportements qui nous conviennent dans des situations où le comportement du chien peut être problématique. Seulement voilà, le respect ce n’est pas seulement une absence de punition ou bien de contrainte physique. Ce qui me pose souci ici, c’est qu’avec ou sans contrainte, les réponses canines qui conviennent  à la société sont toujours les mêmes, c’est-à-dire le désintérêt de l’environnement.

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Car on se plait beaucoup à regarder passer un chien « au pied » devant d’autres chiens, les yeux rivés sur son humain à attendre un ordre, une demande ou une récompense… Parce que cela reste plus pratique et facile, on « entraîne » souvent le chien à oublier son environment en lui apprenant des tours dépourvus de sens, oui j’ai bien écris dépourvus de sens. Parce que fixer un individu dans les yeux, s’asseoir, se coucher lors de situations stressantes ou inconfortables et même pire, ignorer le danger, sont des comportements absurdes et non naturels.  Au lieu de leurs proposer des apprentissages utiles, on les dresse pour que sur commande ils ne nous posent pas de problèmes. Alors bien sûr on a changé notre façon de le demander, ou plutôt de l’obtenir. Mais si on veut réellement parler de respect et de bien-être il serait temps d’adapter aussi nos demandes d’humains à leurs besoins de chiens. Est-ce si difficile ? 

Assis ? Au pied ? Pas Bouger ? Avons nous vraiment besoin d’un tel contrôle pour que notre compagnon s’adapte à notre société ? Ok on ne se fâche plus c’est formidable, le modèle reste pourtant le même :  écoute le « maître », oublie tes trucs de chien ! En moins marrant et traduit autrement j’entends : désocialisation et  inhibition. De vilains termes qui ne s’accordent pas du tout avec l’image qu’on a de l’éducation positive.

Apprendre sans comprendre 

En plus de cela, lorsque le chien est systématiquement contrôlé, il ne sait plus réfléchir pour prendre des décisions, faire des experiences et en déduire des choses utiles. Et encore plus malheureusement presque personne ne voit cette « absence » de raisonnement (parce que dans notre monde le chien qui rapporte la balle ou qui marche sur ses pattes avant paraît plus intelligent que celui qui vous largue en balade et vous attend à la voiture…).

Il reste tout de même des situations où l’on ne peut pas « camoufler » cette absence de vécu, la communication avec les congénères. J’ai mal au cœur à chaque fois que je reçois un chien sur le terrain complètement absent de la situation, les yeux rivés sur ses humains, sur un bâton ou sur des mains glissées dans les poches, dans l’attente d’une demande pour savoir comment se comporter et comment obtenir de la nourriture ou de l’adrénaline via du jeu d’excitation. Non il n’est pas motivé à jouer ou à travailler, il est juste incapable de se comporter comme un chien de façon naturelle et saine.

Pour en voir passer régulièrement, en principe ce genre de chien rencontre des soucis de communication avec ses semblables canins, tout simplement parce qu’attendre une indication de l’humain sans tenir compte de l’environnement n’est pas un comportement normal, le contact congénères pose alors quelques difficultés à ces chiens très conditionnés.

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Petite expérience vécue avec Hewon, mon Husky Sibérien, lors d’une prestation sur un salon : 

Sur les lieux il y avait plusieurs professionnels avec leurs chiens et nous rencontrons donc un Berger australien mâle non castré d’environ 4 ans, « toqué » de la balle ( malheureusement ), sans laisse évidement puisque son attention était uniquement focalisée sur le jouet. Ce chien n’est donc même pas venu se présenter et a continué à suivre sa balle dès qu’un humain acceptait de taper dedans. Hewon a légèrement tiqué puis est passé à d’autres odeurs plus intéressantes. Une personne à ensuite tapé dans cette fameuse balle qui est passée à ras de mon chien… Suivi du Berger australien ! Ce chien complètement absorbé par sa poursuite a foncé en ligne droite sur Hewon pour aller chercher l’objet « maudit » ce qui lui a valu une réponse très agressive du mien. 

A votre avis qui s’est fait lyncher dans cette histoire ?  Le méchant Husky aurait donc agressé sans raison le pauvre Berger australien qui ne faisait que s’amuser avec sa balle.. Ou plutôt un chien dépourvu de communication et désocialisé qui ne prend même pas en compte les signaux et le langage de sa propre espèce, qui engendre un conflit par son seul manque d’adaptabilité en se ruant sur un congénères auquel il ne s’est même pas présenté afin d’attraper un objet en plastique… Car en chien, courir en ligne droite de façon déterminée sur un congénère cela s’appelle « une charge » et peut être perçu comme une agression . Hewon est loin d’être un pacifiste et il est vrai qu’il a le grrr  facile, son niveau de tolérance n’est clairement pas sa plus belle qualité, par contre il sait très bien le faire comprendre de loin.

Car un chien qui arrive à toute vitesse mettra forcément les autres chiens en inconfort et selon les individus cet inconfort sera exprimé différemment. Ce jour-là, l’inconfort d’Hewon s’est exprimé par une dissuasion un peu brutale du fait qu’il était en laisse, pour autant personne n’a été capable de comprendre que le chien à problème sur ce stand n’était pas celui qui avait « râlé » mais plutôt celui qui ne savait pas se présenter, ni communiquer. Ce chien travaillait en méthode positive, au clicker, il était capable de faire bien des choses contre un lancé de balle où un bonbon mais pas de se présenter correctement à un congénère.

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Le respect du chien

Ma question est  « Est ce que cela est respectueux  » ?  De laisser un chien focalisé sur sa balle parce que cela est « arrangeant » ( il ne s’occupe pas de l’environnement…) ? Est ce que cela est respectueux de laisser un chien s’enfermer dans un circuit de prédation et de se servir de ce TOC pour ses propres priorités ? Et sans même aller jusqu’au chien dépendant, le simple fait de toujours vouloir détourner nos compagnons canins de ce qui les intéressent montre bien que nous ne sommes pas prêt à nous adapter à eux, car nous ne voulons pas prendre la peine de comprendre le monde d’une autre façon que la nôtre.

Est ce qu’il est respectueux d’apprendre aux chiens à ne pas « regarder » leurs congénères lors des croisements ?  Je pense évidement au « look at me », cet exercice qui consiste à entraîner le chien à regarder son humain, souvent pour passer sans souci devant des stimulations qui le mettent en inconfort ou dans en état d’excitation, encore une fois parce que ces situations ne sont pas pratiques pour nous « humains ». On respecterait donc nos chiens en leur faisant oublier ce qu’ils sont pour correspondre plus facilement à notre société et à nos besoins ? Quand on me parle du clicker, on me dit souvent « oui mais c’est le chien qui propose donc c’est son libre choix », sauf que le chien propose ces comportements non naturels parce qu’ils ont déjà été renforcés en amont, aussi parce que finalement lorsqu’on les met « au travail » en éducation au bout d’une laisse en statique, il n’y a pas grand chose d’autre à faire que de donner des réponses aux humains contre quelques friandises, donc « Look at me » car je suis ta seule réponse possible.

La vérité la plus triste dans tout cela est qu’on attend finalement beaucoup de nos animaux en leur donnant très peu sans même parfois s’en rendre compte. La plupart de nos attentes ne correspondent pas à leurs besoins et l’image de l’animal heureux est souvent faussée et mal comprise. Nous entendons par là « soins, confort, alimentation de qualité… » mais on pense rarement à la qualité de vie en général, la qualité des contacts sociaux qu’ils soient avec les humains ou les congénères, des activités saines et naturelles qui comblent leurs besoins fondamentaux. Parce qu’un chien excité n’est pas forcément « content », il serait temps de penser à leur offrir déjà une heure de promenade par jour avec du libre choix, de nouvelles odeurs et des contacts congénères avant de vouloir en faire des champions d’agility, de cani-cross ou des chiens de cirque.

Pour conclure, lorsque je vois un chien marcher sur ses pattes avants en faisant du slalom pour ensuite aller s’enfermer lui même dans une valise, je me demande ce que ferait ce même chien pour s’adapter à ses congénères ou à une situation complexe, si on lui demandait un « pas bouger » au milieux d’une départementale… Serait-il seulement capable de regarder autour de lui pour sauver sa vie ? Oui l’exemple est atroce mais prend tout son sens étant donné que vous savez et que je sais qu’un bon nombre de chiens « éduqués » et sensés être ajustés à notre monde d’humains finiraient en crêpe.  Et nous aimons cela, je ne parle pas des crêpes mais du contrôle, la plupart des gens aiment être « écouté au doigt et à l’œil » et si en plus cela paraît respectueux parce qu’on paye le chien en friandises, alors tout va bien dans le meilleurs des mondes.

C’est bien pour cela qu’on met parfois du temps à entendre le message, remettre en question tout son fonctionnement avec le chien est forcément difficile. Certains ne l’entendront peut-être jamais, d’autres laisseront tomber leur balle pour tenter d’observer leur compagnon au naturel, pour ce qu’il est et non pour ce qu’ils aimeraient qu’il soit.

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