Le rappel, notre plus grosse faiblesse.

Le rappel.

Notre plus grosse faiblesse.

« Le rappel » est un exercice très connu et incontournable lorsqu’on souhaite éduquer son chien. Tout le monde (ou presque) semble d’accord pour dire que cette action doit être systématiquement positive et agréable pour le chien, que l’on doit toujours utiliser les mêmes codes afin de rendre ce signal clair pour notre compagnon et que cet exercice doit être demandé et récompensé régulièrement, même lorsqu’il n’y a pas de stimulations dans l’environnement.

Cela paraît clair et limpide quand on le réduit en un paragraphe, mais une fois mis en pratique pour les propriétaires de chiens c’est tout sauf simple, un mélange de stress et d’autorité pour certains, pour d’autres une agitation excessive visant à interpeller le chien par tout les sons et mouvements possibles, quand d’autres encore utiliseront la « carotte » en échange du retour de leur dit compagnon…

Et quand on demande aux propriétaires de chiens ce qu’est un rappel les mêmes mots reviennent systématiquement

ordre / commande / urgence / immédiat / rapide / jusqu’à nous / au pied…

En effet aujourd’hui le rêve des propriétaires de chiens serait un retour quasi immédiat de leur compagnon lors d’un signal donné. En vérité pour la plupart, nos « rappels » sont très aléatoires et absolument pas instantanés… Parfois même un échec absolu. Il serait peut-être temps alors d’ouvrir les yeux et de se poser les bonnes questions pour comprendre pourquoi cette « demande » est si compliquée à obtenir de nos compagnons.

Je dis « demande » sauf qu’étrangement cette interrogation « positive » passe très vite à l’impératif lorsque le chien traîne les pattes alors qu’on lui a déjà demandé plusieurs fois de retourner vers son humain.

Qui ne s’est jamais senti irrité d’être totalement snobé par son compagnon à quatre pattes lors d’un rappel ? Qui n’a jamais haussé le ton parce que ça n’allait pas assez vite, parce que dans cette situation là ce n’était pas « pratique » ou parce que ça en devenait même « dangereux » ?

Rapide, au pied, urgent…  Voilà pourquoi le « rappel » reste tant problématique.

Notre monde bien loin du sien…

Ce que j’entends le plus souvent : « Dès qu’il voit un chien je n’ai plus de rappel, il faut absolument qu’il y aille… » 

Le chien est un animal social et a besoin d’entretenir des interactions avec ses congénères pour être parfaitement épanouis. En effet lorsqu’il manque de contacts et de rencontres il devient souvent très réactif aux croisements de congénères ce qui explique pour beaucoup de chiens  l’inefficacité totale du « rappel » en présence de leurs semblables canins…

Pourtant j’ai régulièrement des demandes pour travailler ce fameux « rappel » avec des chiens sociables qui croisent très régulièrement des congénères et ont des contacts libres avec eux. Pour ces chiens là le rappel est aussi un problème… Et si de temps en temps il nous venait à l’esprit de regarder notre monde avec leurs yeux ? Et si ce besoin de « rappel » jusqu’à nous était en vérité  l’origine de nos problèmes ? Et si on arrêtait tout simplement de rappeler nos chiens au pied ?

J’entends déjà les adeptes de la bonne intégration en société m’expliquer qu’il n’est pas sécuritaire ni courtois de laisser nos compagnons aller voir tous les chiens que l’on croise… Sauf qu’avant d’entrer dans un débat de liberté qui s’arrête là où commence celle des autres il faudrait se demander si nos chiens ne sont pas tout simplement sensibilisés dès leur plus jeune âge aux croisements de congénères par « le rappel » et les manipulations habituelles et stressantes qui l’accompagnent. Une alerte de notre part qui finalement les rend réactifs à ces croisements .

Car le premier à réagir démesurément à la vue d’un autre chien ce n’est pas le chiot récemment adopté mais bien ses humains. Le fait est qu’en rappelant nos chiens, en les attrapant pour les attacher, en les dupant , en essayant de troquer leurs envies contre des jeux d’excitation ou bien des bonbons, on rend les croisements de congénères tout sauf « banales ».

La liberté n’a pas de prix…

Mais pourquoi avons-nous besoin d’un rappel « rapide » et « au pied » ? La vérité est que par le rappel nous voulons empêcher systématiquement quelque chose. Vous pourrez toujours lui donner un morceau de saucisse pour vous donner bonne conscience…  Le rappel n’en reste pas moins une laisse invisible, une pression permanente qui tombera sur nos chiens à la moindre distraction, à la moindre nouveauté dans l’environnement. Pourtant lorsque l’on parle des besoins fondamentaux du chien on parle principalement « d’exploration ».

Exploration : Action de parcourir un lieu ou une région inconnue afin de recueillir des informations.

Nous laissons donc nos chiens explorer… sous la pression imminente d’un éventuel « rappel ». Au moindre congénère inconnu, au moindre croisement sans visuel, l’ordre tombe et le chien devra alors revenir vers sa laisse. Accompagné ou non d’un bonbon, d’une caresse ou d’un signal vocale des plus aiguë, une laisse restera toujours une laisse et être attaché n’a jamais été positif pour personne.

De plus nous empirons les choses en essayant de les duper, de les conditionner, d’échanger leur motivation contre une autre :

« Ne va pas voir le chien et je te donnerai une friandise. »

Cette phrase ne vous semble-t-elle pas absurde ? Et pourtant j’ai commencé comme beaucoup d’éducateurs à apprendre le rappel aux chiots en utilisant la nourriture et à jouer au dangereux jeu du concours des motivations. Mais c’est en utilisant pleinement une méthode qu’on comprend alors ses failles et qu’on peut ensuite réfléchir dessus.

 « Apprendre le rappel » ? …  Et si on parlait plutôt de lien.

A cause de ce besoin de contrôle, aujourd’hui l’éducation du chien prend souvent la forme de mise en pratique d’exercices à répéter. Le chien doit s’améliorer et trouver les « bonnes » réponses pour obtenir des récompenses, que celles-ci soit sous forme de nourriture, d’excitation ou de permission.  Car en effet détacher son chien  en « éducation canine » est en principe considéré comme une recompense. Quand la liberté devient une monnaie d’échange doit on vraiment se demander pourquoi le chien ne revient plus vers ses humains ?

Entretenir le lien avec son chien est la première chose à intégrer pour obtenir une communication saine et harmonieuse, pour cela il est impératif de respecter son chien et ses besoins. Respecter son compagnon c’est quoi ?  Ce n’est pas lui donner des friandises et lui apprendre des ordres sans se fâcher… C’est comprendre qui il est et de quoi il a besoin, si vous comblez ses besoins vous marquerez des points et votre chien sera plus détendu en général (donc vous aussi). Il est également important de soigner vos interactions, si elles sont plus souvent désagréables et que vous passez votre vie à crier, à le contrôler avec ou sans bonbons, en promenade vous serez donc la dernière de ses priorités.

Il faut comprendre que le chien n’a pas vos priorités (la pluie, le temps, la politesse, la sécurité…) et que le rappel « instantané » ne sera jamais quelque chose de naturellement possible pour lui. Par contre ce qui est naturellement possible pour lui, c’est de vous suivre et de rester attentif  à vos changements de direction entre deux odeurs, sachant que le verbal est loin d’être la communication qui lui « parle » le plus.

Quelques conseils pour garder son chien « avec soi » en promenade :

  • Ne lui parlez pas tout le temps :  En effet si vous appelez sans cesse votre chien vous allez tout simplement l’ennuyer, certains chiens attendent parfois 8h seul à la maison et le moment de la promenade est donc sacré. Laissez le faire tranquillement ses affaires de chiens, il sera d’autant plus disponible quand vous aurez besoin de lui demander quelque chose. Enfin s’il part loin et qu’il entend votre voix cela n’en est que plus confortable pour lui car pas d’inquiétude, il sait ou vous êtes ! Arrêtez donc de l’appeler et aller vous cachez ou bien faites demi-tour quand il part trop loin si le lieu de balade le permet.
  • Adaptez votre gestuelle et vos déplacements : En chien se mettre de face fixement est tout sauf une invitation à revenir rapidement… Pensez à vous tourner (de profil ou de dos) lorsque vous souhaitez le faire revenir vers vous. La meilleure communication dans ce cas est tout de même de partir dans la direction opposée. Plus vous le ferez (et sans parler svp) plus votre compagnon sera attentif à vos déplacements. Pensez également à vous détourner des stimulations rencontrées si vous souhaitez que votre compagnon s’en désintéresse. Si vous êtes tourné vers quelque chose ou que vous le regardez (exemple un autre chien) vous enverrez probablement votre chien dessus sans même le vouloir.
  • Garder sa confiance en restant respectueux : Si votre chien n’a pas confiance il ne risque pas de revenir vers vous et de répondre à vos demandes. Pour cela il est impératif de ne pas « duper » ou « attraper » son compagnon pour le rattacher. Certains chiens finissent même par évaluer la distance qu’ils doivent garder avec leurs humains pour ne pas se faire « attraper ».

Viens ici ! « Oui mais pour quoi faire ? »

Au delà du fait qu’il est souvent accompagné de manipulations désagréables et qu’il freine systématiquement les découvertes de nos compagnons canins, « Le rappel » est probablement la demande la plus utilisée par les propriétaires de chiens. Il est utilisé tout le temps et pour tout.

Pour qu’il n’aille pas voir les gens, pour qu’il n’aille pas voir les chiens, pour éviter qu’il se salisse, pour qu’il ne mange pas  des saletés,  pour qu’il n’aille pas trop loin, pour qu’il arrête d’aboyer, pour ne pas qu’il aille sur la route, etc.

Pourtant il est possible d’inculquer d’autres apprentissages moins contraignants que le retour vers l’humain. Vous pouvez demander par exemple à votre chien de « laisser » quelque chose ou encore de rester aux alentours, de vous attendre, de remonter sur le trottoir. Vous pouvez aussi lui apprendre à supporter la frustration et à gérer son excitation en présence des stimulations habituelles de la promenade à l’aide d’une longe par exemple… Ici vous trouverez un excellent article pour vous aidez à gérer l’excitation de votre compagnon : Les autocontrôles

En bref variez vos demandes, réajustez vos exigences, adaptez votre gestuelle et votre chien reviendra beaucoup plus naturellement vers vous ou plutôt il fera sa promenade « avec vous ».

Petite dédicace à Marley « Blanc » notre dalmatien sourd et à Amélie sa propriétaire, un duo qui fonctionne mieux que tous les autres avec une communication non verbale et donc un rappel possible uniquement quand le chien se retourne pour regarder son humaine… à méditer.

Article réalisé et édité par L’Empreinte éducation canine en Mars 2016

Merci à la formatrice Nadine Chastang de m’avoir ouvert les yeux sur le chien. 

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